02/12/2016 Nadya Charvet

JOB OUT : le 12 décembre, ouvrons le débat

A la simple évocation du terme Job out, des dizaines de post ont convergé sur ma page Facebook: ex-juriste d’affaire, directeur marketing, chimiste, DHR, responsable RSE, ingénieur, commercial. Comme si de toute part, le bateau entreprise prenait l’eau. Tous voulaient témoigner, expliquer pourquoi ils préfèrent se revendiquer out et heureux plutôt que in et insatisfaits.

Derrière leur job out se profile un élan, un mouvement, en tout cas ce qui s’apparente à un signal, faible certes, mais en constante progression.

L’an dernier, j’avais consacré un dossier à ce phénomène sur ce blog. Le 12 décembre prochain, avec la complicité du MabLab où No Trouble a établi son QG, nous inaugurons avec le phénomène du Job Out une série de Ciné-Débats consacrés au travail dans tous ses états. Parce que ses évolutions, avancées, soubresauts, pas de côté, retours-arrière sont notre raison d’être et constituent le socle de nos activités.

No Trouble est une SCOP d’indépendants voués au travail (vision, stratégie… à l’abordage ! ) et nous voulons partager et mettre en discussion ce que nous comprenons des univers que nous côtoyons et ce que nous voyons se dessiner pour l’avenir.

 

JOB OUT – De quoi allons-nous débattre  le 12 décembre au soir?

S’il est bien un constat que nous pouvons tous faire, c’est que la société va mal, et ira de plus en plus mal. Austérité, chômage, pauvreté, etc. La financiarisation de l’économie a enfanté un capitalisme mangeur d’hommes qui considère de plus en plus les salariés comme une variable d’ajustement et sacrifie sur l’autel des profits 1000 nouveaux chômeurs chaque jour.

 

Video le licenciement de Douglas à pile ou face

 

Devons-nous baisser les bras? Nous avouer vaincus? Maudire les politiques qui scandent toujours les mêmes slogans éculés comme s’il suffisait de travailler plus ou réformer le code du travail pour redonner du sens au mot travail? Non. Rester accroché au rocher et faire la moule ?

Faut-il vraiment être cinglé ou naïf pour plonger dans le grand bain non-emploi ?

S’interrogeait Marc-Arthur Gauthey, entrepreneur de l’économie collaborative lors de la 3e édition du OuiShare fest l’an dernier, consacrée au thème « Lost in transition ».

La question nous a plu, et nous tenterons d’y répondre ensemble avec nos invités. Tous ont fait leur JOB OUT. Vous le verrez, ils n’ont rien de surhommes, mais ils veulent construire le monde de demain, plutôt que de regarder celui d’hier se défaire. Ils ont fait de leurs rêves leurs ambitions : ils voient dans les défis qui s’imposent à nous autant d’opportunités de les résoudre.

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Tous les sortants que vous croiserez ont suffisamment exploré le système de l’intérieur pour connaître les risques auxquels ils s’exposent en le quittant. C’est la leçon numéro un à retenir de ce mouvement sous-jacent. Il prend sa source au sein des forces vives et instruites de notre société, de ceux-là même que nous avons formatés pour réussir et qui en ont bien l’intention. Mais peut être pas comme nous l’entendions.

JOB OUT : ils vont vous dire que la vie est trop courte pour la perdre à la gagner

Majoritairement, ils se sont sentis bridés avant même d’abord pu révéler leur potentiel. Claire ou Matthieu, tous deux sortis d’école d’ingénieur prestigieuses -elle cumulant même un double cursus en stratégie- avaient choisi la voie royale : grand groupe et carrière internationale. Elle est sortie au bout de 3 ans. Il a tenu 3 années de plus. Elle explique :

« La polyvalence est un peu mon moteur, j’aime toucher à tout, je suis curieuse. J’ai compris très vite que le marketing stratégique allait me coller longtemps à la peau, si je restais »

Lui avait plutôt un boulot confortable tourné vers le monde des starts up,

« mais au dessus de moi, je ne voyais que des gens indéboulonnables occupés à faire des powerpoints et du reporting »

 

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Certains se sont épuisés à essayer de lancer des projets ambitieux. Jennifer Leblond, qui viendra témoigner le 12 décembre au soir. Elle a été DRH, responsable RSE puis éthique dans de très grands groupes, a tenté d’impulser de nouvelles façons de gérer l’humain.

«Dès que mon interlocuteur dans l’entreprise changeait, tout le travail était à refaire. » Six plans sociaux mal digérés en 10 ans, ont fini par avoir raison de son « envie de porter des projets innovants en interne »

JOB OUT,  tous aspirent à travailler autrement

Ils préfèrent le « mieux » au « plus », s’évertuent à construire des projets vertueux, respectueux de l’humain et de l’environnement, dont la finalité n’est pas que l’argent mais la capacité à résoudre des problèmes de société, à construire le modèle d’après. Ils remettent l’échange et le partage au gout du jour, réinvestissent le champ économique, social, écologique, numérique avec d’autres valeurs, d’autres messages, d’autres solutions.

Qu’ils se projettent ensuite dans des starts up, dans l’économie sociale et solidaire ou dans l’humanitaire, ils ne veulent plus perdre leur vie professionnelle à la gagner et préfèrent parfois un précariat créatif à un salariat vide de sens.

 Si cette génération de sortants ne milite pas dans les partis, ne se reconnaît plus dans l’entreprise, elle nous montre à sa manière qu’elle a parfaitement digéré les leçons de la crise.

 

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Depuis 2010, le chômage des jeunes dans le monde caracole à son « plus haut niveau jamais enregistré ». Dans la plupart des pays européens, et y compris en France, il progresse deux fois plus vite que chez les autres catégories d’actifs. La jeunesse apparaît particulièrement pénalisée. On parle de génération sacrifiée, de précarisation grandissante, de déclassement voire leur exclusion durable du marché du travail, pour les plus fragilisés.

Résultat, la proportion des 15-24 ans présents sur le marché du travail a chuté depuis quelques années alors qu’elle est restée quasiment continue depuis des décennies. « Seul le découragement des demandeurs d’emploi peut expliquer la baisse du chômage », notait Alternatives Économiques dans un numéro consacré au Chômage: comment s’en sortir?

Le job out n’est ni exotique, ni héroïque, il représente bel et bien un acte politique

Il est la réponse d’une génération pour qui le job IN n’est de toute façon plus la norme.

La tendance ne risque pas de s’inverser pronostique la FING dans un article consacré au futur du travail dans l’entreprise… sans l’entreprise. Tout en prévenant : nous n’avons encore rien vu des tensions sociales qui pourraient se dessiner à l’avenir : le modèle de la start-up pour tous et des individus entrepreneurs d’eux-mêmes, ces radieux freelances planétaires ne serait-il qu’un rêve de nantis, de “bobos”. Dans ce monde “d’artistes”, tout le monde n’aura pas une place…

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Dans un article de Libération, le sociologue Patrick Cingolani, auteur de Révolutions précaires : essai sur l’avenir de l’émancipation décrypte les comportements de ceux qui «  face aux nouvelles normes de travail, de moins en moins stables, inventent des relations au travail différentes, dans une recherche d’autonomie qui valorise l’individu ».

Dans la lignée du philosophe André Gorz, lui comme d’autres pensent que le débordement du travail par la multi-activité comporte une puissance de libération. Le mouvement des OUT, comme le désir d’engagement des IN n’est que la face immergée d’une aspiration partagée à s’engager, agir, mettre du sens. Ils sont nombreux à mener une activité à côté pour être plus libre par rapport aux contraintes de l’entreprise, ou refuser un temps plein alimentaire afin de se donner du temps pour une activité plus valorisante, créative ou civique. Ce type de configurations favorisant l’autonomie se multiplient dans une société où la question du «faire créatif» (travail ou activité) est un élément d’identification fort.

Et Patrick Cingolani de conclure :

« Il faut sécuriser les mobilités professionnelles, mais aussi faire droit à ces nouvelles indépendances et à ces autonomies dans la précarité, élargir le droit du travail à l’activité. Il ne s’agit rien moins que de revitaliser l’idée démocratique dans la sphère du travail et dans celle de l’activité. On pourrait appeler cela – à l’ère des nouvelles technologies – une démocratie postindustrielle »

Pour l’instant seuls les débats d’experts, les réunions de prospectivistes se saisissent réellement de ces enjeux.

A nous de le faire aussi, et c’est ce que nous proposons d’installer au MabLab, sous la forme de Ciné-Débats.

Et si le phénomène du job out se propageait encore comme semble l’indiquer les premières études réalisées sur la génération Z, celle qui devrait accéder aujourd’hui au marché du travail ? Les chercheurs de Northeastern, ont souligné récemment le caractère entrepreneurial et indépendant des « Z’ers ». Les individus issus de la génération Z n’ont aucune illusion sur l’entreprise et se voient rarement durer dans des emplois confortables.

Au-delà de ce qu’ils appellent « l’entreprise » et de ce que pourrait signifier pour chacun de nous un emploi « confortable », cette perspective me rappelle la blague qui circulait en RDA un peu avant la chute du Mur : « que le dernier qui sort éteigne la lumière et ferme la porte ».

Nadya Charvet, membre actif de No Trouble

 

 

 

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